Séminaire du CET

Séminaire 2017-2018 : Conférence de Kun-Yung WU

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Traduction - territoire/ décentrer les regards

 

Séminaire « Traduction et Transdisciplinarité »

2017-2018

 

Kun-Yung WU

 

Taiwan : une autre langue chinoise, une autre terre de traduction 

 

En 2016, Taiwan a produit 38 807 nouveautés en titre (la France 68 096), dont 9 716 ouvrages traduits; pour un pays de 23 millions d’habitants, ce chiffre est spectaculaire. Mais les spécificités de la traduction « made in Taiwan » sont surtout d’ordre qualitatif : tout d’abord, la langue chinoise à Taiwan n’a pas le même rapport avec la littérature classique que la langue chinoise en Chine, les deux langues ayant divergé suite à des politiques linguistiques différentes de 1949 à nos jours.

Ensuite, pour une société taïwanaise sans cesse en quête de son identité depuis l’amorce de la démocratisation dans les années 1980, la traduction n’a pas seulement pour objet de connaître les autres pensées et les autres mondes, elle est aussi un moyen d’être connu des autres afin de pouvoir se connaître soi-même. En effet, elle ouvre un jeu faisant penser à ce qu’évoquait Claude Lévi-Strauss dans « Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences de l’homme » : reconnaître le « il » en moi permet de répondre à la question « que suis-je? ».

Enfin, la traduction à Taiwan se singularise par des conditions socio-économiques permettant aux professionnels de choisir leurs ouvrages et leurs auteurs tout en pouvant vivre de leur métier, ce qui représente un intérêt certain pour les différentes pensées à transmettre.

Le 4 décembre 2017, 17h30-19h30

salle 234C, Halle aux Farines
 

La conférence est suivie d'un pot amical 

 
 

WU Kun-Yung 吳坤墉:

Président de l’Association taïwanaise des traducteurs de français

Co-fondateur et directeur éditorial des Editions Utopie, maison d’édition taïwanaise fondée en 2010.  Chargé de la publication des ouvrages de littérature et de sciences humaines.

Traducteur/interprète français-chinois.

Dernières traductions publiées :

Pour une philosophie politique critique de Miguel Abensour.
Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo.
 
 

Séminaire 2017-2018

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Traduction - territoire/ décentrer les regards

 

Séminaire « Traduction et Transdisciplinarité »

2017-2018

Institutional Translation, Ethnolinguistic Fragmentation and the Formation of Hybrid Identities. A Multidisciplinry Study of Regional Integration in Africa and the European Union

Traduction institutionnelle, fragmentation ethnolinguistique et formation d’identités hybrides – Une étude pluridisciplinaire de l’intégration régionale en Afrique et dans l’Union européenne 

 

Emmanuel Kuto (Accra, Ghana)

 
EILA, Université Paris Diderot

Le 6 novembre 2017, 17h30-19h30

salle 234C, Halle aux Farines
 
Rédigée en anglais, la thèse d’Emmanuel Kuto, qui fournira la matière de cette présentation, explore la manière dont le modèle de traduction institutionnelle qui s’est mis en place au sein de l’Union européenne pourrait être adapté à la situation africaine afin de résoudre ce que son auteur considère comme le principal obstacle au développement de ce continent, à savoir sa fragmentation ethnolinguistique.
 
Cette recherche se situe au croisement de la traductologie (son principal point d’ancrage théorique), des politiques linguistiques et des théories du développement. Avec plus de deux mille langues différentes, l'Afrique constitue en effet le summum de ce phénomène. Dans la Babel africaine, les États sont constitués de différentes tribus dont les seuls liens sont les langues européennes métropolitaines fonctionnant comme langues officielles. Cependant, moins d'un quart des Africains parlent ces langues officielles. Parallèlement, l'accès aux bienfaits de l’existence – emploi, soins de santé, justice et éducation – est lié à la capacité de parler les langues officielles, ce qui entraîne l'exclusion et la non- participation d’une grande partie des populations. Les Africains n'accèdent, ne créent ni ne diffusent de connaissances dans leurs propres langues. De même, il y a très peu de fertilisation croisée des savoirs, ce qui conduit à l'existence d’innombrables Afriques parallèles et incompatibles. L'intégration régionale, proclamée urbi et orbi comme la solution à la « tragédie de la croissance africaine », est pour l’essentiel un échec.
 
Se fondant sur l'exemple de l'Union européenne, cette thèse affirme et entend démontrer que la traduction institutionnelle, par assurance, familiarisation et hybridation, mettra le bonheur à la portée de chaque Africain, favorisera la bonne gouvernance grâce à la participation universelle et à la responsabilisation des élites, tout en facilitant la fertilisation croisée des Afriques parallèles et incompatibles d’aujourd’hui. La traduction permet de nouer des liens affectifs positifs ; la véhicularité métaphorique de la traduction qui en découle engendre une identité africaine hybride et collective qui renforcera l'intégration régionale, permettant ainsi de réduire, voire d’éliminer, la souffrance perpétuelle en Afrique. En revanche, la théorie et le modèle opérationnel de traduction institutionnelle pratiqués actuellement en Afrique, à la fois européens et pro- institutions, sont mal adaptés pour réduire la souffrance en Afrique. L’auteur propose donc une théorie et un modèle opérationnel de traduction institutionnelle en faveur des personnes pour l’Afrique. 
 

Séminaire 2017-2018 : Conférence Paul-Laurent Assoun

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Traduction - territoire/ décentrer les regards

 

Séminaire « Traduction et Transdisciplinarité »

2017-2018

Ce séminaire mensuel se veut un espace de recherche et de débat sur les modalités selon lesquelles la traduction peut soulever des questions épistémologiques au sein des disciplines et contribuer à renouveler la définition de la transdisciplinarité.

Première séance 

Paul-Laurent Assoun

 

Le désir du traducteur

et ses frontières :

les territoires de la lettre

Le 2 octobre 2017, 17h30-19h30

salle 234C, Halle aux Farines
 
suivi d’un pot amical
 
 

Traduction et Transdisciplinarité 2016-2017 : Traduction, instance du déplacement - février 2017

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Marie Vrinat-Nikolov

INALCO

Professeur des universités en langue et littérature bulgares

Théorie et critique de la traduction littéraire
Traductrice littéraire 

 

 

La critique de traductions comme mise en dialogue des différences pour en éprouver l'harmonie 

 

lundi 13 mars 2017, 17h30

salle 247E, Halle aux Farines 

 

Depuis 1995 et la sortie de l'ouvrage pionnier d'Antoine Berman, Pour une critique des traductions, John Donne, rien n'est venu prolonger la réflexion sur la critique de la traduction encore trop souvent pensée à partir d'un fondement principalement linguistique et/ou sémiotique (d'où le primat d'un sens que l'on doit communiquer) et du présupposé que la traduction n'est que la copie d'un original dont elle doit viser à être l'équivalent le plus exact.

C'est notamment être sourd à plusieurs renouvellements épistémologiques (qui datent déjà d'une vingtaine d'années), notamment la notion de transferts culturels (Werner-Espagne) complétée et infléchie par l'histoire croisée (Werner-Zimmermann), la pensée du métissage, les théories post-coloniales, etc. Autant de réflexions qui ont ouvert l'espace scientifique et ont mis en question, entre autres, le comparativisme, la dichotomie identité/altérité.

Comment ouvrir la critique de la traduction et l'affranchir des dichotomies qui l'emprisonnent, de la sempiternelle recherche d'équivalences qui vont de pair avec la notion de perte et la traque des fautes et nuances mal rendues ? Comment repenser le rapport entre texte dit « original » (qui ne l'est forcément jamais) et traduction ?

En proposant de faire dialoguer texte originel et texte renouvelé, c'est-à-dire en voyant si, en quoi et comment, par quel projet sous-jacent ou explicite, la traduction renouvelle le texte originel, entre en harmonie avec lui, en tant que « cohérence, ajustement, accord de sons entre eux », je voudrais esquisser les contours non d'une « méthode » mais d'une démarche qui se rapproche de la « critique positive » appelée de ses vœux par Antoine Berman, celle qui « éclaire une œuvre de manière sans cesse renouvelée » : « les critiques de ce genre rendent les œuvres plus pleines en révélant leur signifiance infinie ». 

Traduction et Transdisciplinarité 2016-2017 : Traduction, instance du déplacement - février 2017

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Beatriz Santos

UFR Etudes psychanalyliques, Université Paris Diderot

 

La langue de la sexualité

- la question de la traduction dans les recherches interdisciplinaires en psychanalyse
 

Les réflexions sur la traduction en psychanalyse se réfèrent souvent à la manière dont laquelle les mots passent d'un idiome à l'autre. Il s'agit de discussions sur la forme qu'a prise la traduction, c'est-à-dire sur les choix faits par les traducteurs au moment de transmettre les subtilités des concepts traduits, et leurs conséquences (la traduction de Trieb par pulsion en français et instinct en anglais en est l'exemple le plus célèbre). Moins fréquents sont les travaux qui n'examinent pas comment les traductions se font, mais posent plutôt la question de ce qui peut (ou ne peut pas) être traduit. Pouvons-nous parler (d')une langue psychanalytique – au sens de la langue décrit par Benveniste comme « ce qui tient ensemble les hommes », ce qui tient ensemble les psychanalystes – et imaginer sa traduction dans d'autres langues ? Les concepts psychanalytiques sont-ils traduisibles – et donc utilisables – en dehors de la pratique analytique ? Dans cette communication, nous proposons d'aborder la problématique de l’interdisciplinarité à partir de l'idée de traduisibilité : est-il possible d'établir une traduction entre thématiques psychanalytiques et questions propres aux études de genre ? Nous apporterons des éléments de réponse en partant de la traduction du mot gender en français et de son usage dans les travaux de Monique David-Ménard et de Judith Butler.

Traduction et Transdisciplinarité 2016-2017 : Traduction, instance du déplacement - janvier 2017

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Mariane Utudji

L’écriture baroque de Salman Rushdie en traduction française : entre apprivoisement et valorisation de l’étrange.

Dès les années 1980, Salman Rushdie a conquis un lectorat international grâce au foisonnement multiculturel de ses récits et à l’originalité de son style. L’hybridité de ce dernier a été mise en évidence par nombre de critiques et commentateurs littéraires. Elle se reflète dans la composante multilingue de l’écriture, particulièrement marquée dans le célèbre roman Midnight’s Children, qui est ainsi truffé de désignateurs culturels issus de diverses langues couramment employées en Inde. Ce multilinguisme, qui n’est en lui-même pas problématique pour la traduction en langue française, s’inscrit dans une démarche d’expérimentation linguistique bien plus vaste qui génère différentes libertés stylistiques ainsi qu’une esthétique peu conventionnelle, conférant au style de Rushdie sa qualité baroque. Si cette dernière façonne le texte du roman dans sa nature à la fois syntaxique et lexicale, elle résiste cependant à la traduction. L’objectif de notre thèse de doctorat étant de découvrir dans quelle mesure et de quelle manière cette écriture rushdienne peut malgré tout être préservée en langue française, nous nous proposons ici de présenter quelques-unes des difficultés qu’elle implique en traduction, en nous appuyant sur plusieurs courts extraits de Midnight’s Children et leur version française officielle. Il ressort de cette étude comparative que le traducteur s’est trouvé constamment tiraillé entre apprivoisement et valorisation de l’étrange.

 

Vivien Féasson

La traduction de la fantasy en France : tentative de traductologie appliquée à un genre populaire.

 

Les études se préoccupant de traduction littéraire s'inscrivent fréquemment dans ce que l'on pourrait appeler le paradigme de l’œuvre unique : leur objet est l'artiste dans sa singularité et le rapport unique que celui-ci entretient vis-à-vis de sa propre langue, ainsi que les difficultés qui naissent de leur transport dans une culture et une langue nouvelles.

En prenant davantage de recul par rapport au champ littéraire, il devient cependant possible d'envisager une traduction non plus comme une subjectivité se confrontant à un style singulier, mais comme partie d'une pratique culturelle plus large, soumise à un ensemble de tendance et de codes. Cet aspect générique de la traduction, nous nous proposons de nous en approcher à travers l'étude d'un genre populaire : la fantasy. Comment la traduit-on ? Quelle est l'influence exercée par le contexte idéologique et commercial ? La pratique a-t-elle évolué en même temps que l'aura dont bénéficie le genre auprès du grand public ? Quelle méthodologie enfin appliquer à l'étude d'un genre tout entier ?

 

Mariane Utudji et Vivien Féasson sont doctorants en études anglophones.