Séminaire du CET : Visio-Conférence "L’interprétation communautaire [ou de service public] au Brésil", le 28 septembre 2026
Lundi 28 septembre, 18h
Sur Zoom (lien à la demande)
Sabine Gorovitz
Au Brésil, même dans les institutions les plus directement vouées à la prestation de services publics (dans les domaines de la santé, de l’administration, de l’éducation, de l’aide sociale et de la justice), les conditions d’accueil des personnes ayant une maîtrise faible ou inexistante du portugais demeurent précaires. Il s’agit d’immigrants récemment arrivés, mais aussi de groupes linguistiques non représentés ou sous-représentés dans le pays, tels que les peuples autochtones, les communautés quilombolas et les personnes sourdes qui, en raison de leurs spécificités linguistiques, culturelles et éducatives, se trouvent nettement désavantagés lorsqu’ils doivent interagir avec ces institutions.
Afin de garantir leur accès aux informations et aux dispositifs de protection sociale dont ils pourraient bénéficier, il est nécessaire de leur fournir une assistance linguistique adaptée à chaque contexte et à chaque situation d’interaction. Le service dit d’interprétation communautaire (IC), qui intervient dans des cadres institutionnels tels que les commissariats de police, les hôpitaux, les services de l’immigration, les centres d’aide sociale, les établissements scolaires et les centres communautaires, entre autres, se caractérise par sa dimension communautaire, c’est-à-dire par le fait qu’il s’adresse à des communautés linguistiques.
Comparée à l’interprétation de conférence, outre les différences liées aux contextes et aux usagers, l’IC se distingue également par les modes d’interprétation mobilisés, les degrés de (in)formalité (registres) requis, la présence physique de l’interprète au sein même de l’interaction, ainsi que par l’asymétrie de pouvoir entre les participants, caractéristique des situations dans lesquelles elle intervient.
L’absence de tels mécanismes de participation linguistique révèle l’incapacité de l’État brésilien à soutenir ses institutions dans leur mission de garantir les droits de l’ensemble de la population. Dans ce contexte, le projet de loi nº 5.182, en cours d’examen au Sénat fédéral depuis 2020, vise à inscrire cette obligation à la charge de l’État brésilien.
Dans la perspective de l’adoption de cette loi, il est également nécessaire de réglementer la profession et d’établir des lignes directrices relatives à l’évaluation, à la certification et à la formation des interprètes, sur la base d’une cartographie des besoins linguistiques dans les différents contextes, situations et régions sociogéographiques du Brésil, ainsi que des caractéristiques sociolinguistiques des communautés ayant besoin de ce service.
En ce qui concerne plus particulièrement la formation, celle-ci doit prendre en compte les dimensions éducatives et socioéconomiques concernées et reposer sur une approche transversale et multidimensionnelle, centrée sur les particularités propres aux différentes situations d’interaction. Seule une politique linguistique cohérente et adaptée permettra au système public de protection d’être véritablement universel, compte tenu du contexte de plurilinguisme et de pluriculturalité qui caractérise le Brésil et qui, historiquement, a été nié et réduit au silence.
Mots-clés : Interprétation communautaire au Brésil. Études de l’interprétation. Médiation linguistique et transculturelle. Formation des interprètes communautaires. Service public brésilien de protection.
Sabine Gorovitz est professeure et chercheuse au Département de langues étrangères et de traduction de l’Université de Brasília. Elle est titulaire d’un doctorat en sociolinguistique de l’Université Paris Descartes – Sorbonne (2008). Elle a effectué des séjours de recherche postdoctorale au CNRS – Centre national de la recherche scientifique (laboratoire SEDYL-CELIA), à Paris (2015), ainsi qu’à l’Université Pontificale de Rio - PUC-Rio (2022). Ses recherches portent sur les contacts de langues dans les contextes migratoires et frontaliers, les politiques et les droits linguistiques, la traduction, les migrations, l’interprétation communautaire et la médiation linguistique. Elle dirige le groupe de recherche MOBILANG.